Quelles garanties religieuses pour les protestants ?

La caractéristique essentielle de l'Édit de Nantes tient dans le fait que le roi de France impose, par sa souveraineté absolue, une certaine liberté de culte pour les calvinistes du royaume. Dans le préambule, Henri IV justifie cette légalisation du protestantisme par l'impérieuse obligation de clore 36 ans d'affrontements tout en souhaitant cependant une future restauration de l'unité religieuse du royaume.

Malgré l'affirmation du principe de liberté de conscience, les articles ne traitent pas à égalité les deux religions dans la réglementation de l'exercice du culte. Le catholicisme, religion d'État, doit être rétabli partout dans le royaume, avec restitution des biens ecclésiastiques confisqués pendant les guerres. L'existence de temples protestants n'est admise que dans les lieux déjà autorisés par l'Édit de Poitiers de 1577 (deux villes par baillage au choix des protestants) et dans ceux où le culte était régulièrement célébré en 1596 et 1597. La noblesse huguenote n'a pas oublié de faire reconnaître ce privilège dans l'étendue des grandes seigneuries car cela lui permet d'entretenir son image de protectrice du peuple dans le monde rural.

Toutefois, de nombreuses restrictions limitent ces principes généraux favorables. L'interdiction totale du culte réformé couvre les villes épiscopales comme Nantes, Luçon, Poitiers, Angoulême..., celles qui ont fait inclure cette condition dans leur traité de ralliement comme Paris et bien des cités de Normandie, Picardie, Champagne et Bourgogne, ainsi que les seigneuries de la grande noblesse ligueuse. Malgré tout, la barrière de protection de cinq lieues (vingt kilomètres) érigée autour de Paris ne sera pas respectée puisque les huguenots sont parvenus à installer leur temple à Charenton dans la proche banlieue Est.

Une subvention étatique de 45 000 livres est prévue pour l'entretien des pasteurs et le financement des établissements d'enseignement dont la liberté est reconnue et dont les plus connus seront les académies de Montauban, Saumur et Sedan, mais les protestants demeurent dans l'obligation de payer la dîme et de respecter les fêtes chômées catholiques. La monarchie admet également la tenue régulière des synodes, c'est-à-dire des assemblées provinciales et nationale des églises calvinistes.